24h Calafat 2017
Vendredi 22/07/2017 16h c'est le départ des 24h de Calafat à la façon grand prix moto. 3 concurrents par ligne classé par ordre d'inscription. Jissé, Jean-Luc et Sofy sont devant, moi en 26ème position et belges Hilde et Bruno 2 lignes derrière moi.
José l'organisateur donne le départ. on se retrouve vite les 4 solos frenchies (Sofy, Jissé, Jean-Luc et moi) à rouler ensemble. Hilde et Bruno nous rattrapent rapidement et prennent un peu d'avance. Pas question de les suivre, on préfère rester groupés entre amis à se relayer chacun bouclant un tour en tête du groupe. On prend soin de choisir au mieux les trajectoires les moins gratonneuses. Mes pieds sont toujours très sensibles suite aux 24h du Mans et les vibrations dû au graton se fait sentir rapidement sur mes pieds mais pour le moment c'est gérable.
1er tour bouclé une espagnole en solo nous rattrape. Plutôt que de se joindre à nous elle préfère rouler seule avec quelques mètres d'avance. On va jouer avec elle à la laisser rouler seule pas loin devant nous en point de mire.
Fin du 9ème tour on rattrape l'espagnole mais pas question de la laisser se joindre à notre groupe. On la double en accélérant mais dans l'opération on perd Jean-Luc. Elle nous redoublera 1 ou 2 km plus loin puis se fera encadré par 2 hommes en équipe pour reprendre plus de 2 minutes d'avance en 1 seul tour. Etrange !!!!
Qu'importe on continue notre course à notre rythme.
Au bout d'1h50 et 13 tours Sofy fera une pause d'un tour puis au tour suivant c'est au tour de Jissé de faire une pause alors que je récupère Sofy.
2h50 de course Sofy est maintenant 2ème. Elle a pris 2 tours d'avance sur l'espagnole. Elle me dit de la laisser et de faire ma course. Bruno et Hilde ont déjà 2 tours d'avance sur moi. J'accélère donc le rythme afin de ne pas trop prendre de retard.
Sans me détourner de mon objectif des 350km, ça serait bien finir 1er puisque mon formidable Sixties n'est pas là. Il faut bien quelqu'un pour le remplacer. Après tout Calafat c'est le jardin des solos frenchies. C'est notre circuit, notre course, nos podiums. ;-)
Je continue de rouler sans trop forcer sans faire de pause retrouvant parfois Jissé ou Sofy
Au bout de 6h j'ai parcourus 41 tours (133km), c'est 5 tours de plus que l'an dernier. Mon objectif de 350km semble tout à fait à ma porté et en plus je suis 1er avec 4 tours d'avance sur Bruno et Jean-Luc. Je suis trop content mais maintenant il faut gérer l'alimentation et les pauses au mieux pour durer.
6h40 de course je m'arrête avec Jissé pour manger mais j'ai du mal à avaler mes pâtes, du coup je perds toute mon avance.
On repart 40 minutes plus tard. Je n'ai que quelques minutes de retard sur Bruno et Jean-Luc mais je pense avoir 1 ou 2 tours de retard.
Cela me met un coup au moral d'autant plus que j'ai du mal à retrouver le rythme et mes pieds commencent à souffrir avec le graton.
9h de course (1h du mat) la batterie de ma frontale tombe en panne. Heureusement que Jissé est toujours avec moi pour me permettre de profiter de son éclairage. Changement de batterie et c'est reparti mais je me sens mal. Je suis entrain de lâcher physiquement et de perdre confiance. Les efforts consentis aux 24h du Mans commencent à se faire sentir et les vibrations du graton me font mal au genou (celui où je me suis fais mal en mai au hockey). Je commence à lâcher mentalement, c'est trop bête.
9h40 de course je fais une pause d'un tour pour m'allonger par terre au bord du circuit et somnoler devant Youb en attendant que Jissé repasse. Je refais un tour avec Jissé qui part dormir au tour suivant. Je me retrouve avec Sofy pour m'accompagner. Heureusement qu'on se retrouve régulièrement à chaque fois Sofy et moi, Jissé et moi ou Sofy et Jissé, ça nous permet de nous soutenir mutuellement.
Encore 3 tours puis je m'allonge à nouveau au bord du circuit au niveau de notre zone de ravitaillement pour somnoler un peu pendant la pause de Sofy. J'en ai marre, je comprends que malgré l'absence de Sixties, je ne finirai pas premier, ni même 2ème. Déçu, j'ai envie de tout envoyer bouler, d'aller me coucher et d'abandonner. Mais ce n'est pas ma philosophie d'abandonner quand on ne peut pas gagner. Je suis bien reparti l'an dernier alors que je ne pouvais plus poser les pieds par terre. Je n'ai pas le droit d'abandonner, que dirait mon cher Sixties et mon fils qui me staff comme il peut à qui j'essaie d'apprendre certaines valeurs. Je sais qu'ils comptent sur moi comme tous les copains (Youb me transmettant les messages des uns et des autres). De toute façon les 3 lits présent dans le box sont actuellement occupés par Jissé, sa fille et son gendre qui le staffent.
Impossible d'aller dormir, je repars avec Sofy tant bien que mal.
11h40, 64 tours 208km, Jissé est déjà reparti rouler. Sofy est très mal depuis un moment, je ne sais pas quoi faire pour la soulager ou l'aider. Elle décide d'aller se coucher. Mon lit étant libre je décide de l'accompagner pour faire une pause dodo.
Le temps de me déchausser, d'aller au toilettes, d'installer mon fils dans la voiture pour qu'il puisse dormir lui aussi, de dormir 1h30, de manger, de me préparer, 2h40 se sont écoulées.
Publicité
14h30 de course je repars avec Sofy. Jean-Luc a 9 tours d'avance (73) mais il s'est arrêté peu après moi et Bruno 18 tours d'avance (82).
Jissé me rejoint, on retrouve le sourire et commence à raconter quelques bêtises. C'est sans doute ce qu'il ma manqué pendant la nuit. Quand Jean-Luc repart, j'ai 13 tours d'avance et Jissé est quasiment revenu sur lui. La 2ème place est quasiment assurée, je peux gérer mais c'est surtout la barre des 350km qui m'intéresse.
19h de course 88 tours 286km, il reste 5h, les kilomètres commencent à peser dans les jambes et sur l'organisme. Je trouve le temps long et les kilomètres défilent lentement. Le mauvais revêtement de certains virages me font vraiment souffrir au niveau des gros orteils, du coups je pousse parfois des cris de douleur. Je lève même mon pieds droit pendant plusieurs dizaines de mètres pour le soulager.
Petit épisode d'agacement. Alors alors qu'on roulait tranquillement tous les solos ensemble, on croise l'espagnole (en concurrence avec Sofy pour la 2ème place) qui arrive dans la ligne droite opposée, emmenée par un concurrent de son team. Une fois qu'on s'est croisé, je me retourne pour la suivre du regard et je la vois s'accrocher de temps en temps à la main de celui qui la précède. Je commence à râler ou plutôt à gueuler et à le montrer aux autres solos. De suite, Hilde râle à son tour mais l'espagnole ne comprend pas et continue à rester accrochée. Depuis la veille on avait des doutes quand on la voyait rouler 2 minutes plus vite que nous au tour encadré par 2 concurrents de son team. Là j'en ai la preuve. Elle nous double. Je ne distingue pas de dossard sur le dos ni la cuisse du concurrent qui lui fait le train. C'est sans doute un concurrent d'une équipe qui a participé à l'épreuve de 12h et qui vient l'aider alors qu'il a fini sa course.
Bien énervé, je quitte le groupe de solo pour rattraper ce duo. Dans le virage suivant alors je me mets en décalé par rapport à eux (pour ne pas être vu) et la rebelote je vois la nana s'accrocher à la main du concurrent. Je gueule encore. L'homme me voit et me propose de venir derrière eux dans leur aspiration. Je refuse j'essaie de lui faire comprendre que ce n'est pas fairplay. Moi aussi je peux faire venir tous mes copains de France pour me tracter ou me faire l'aspi. Ok pour profiter de l'aspiration d'un concurrent participant à la même course mais s'accrocher physiquement à quelqu'un ou se faire emmener par un concurrent ayant fini sa course, chez moi ça ne se fait pas!!! Enfin pas chez moi, ce n'est pas sportif. D'ailleurs certains concurrents espagnols de l'épreuve de 12h vont même renforcer les équipes de 24h en roulant sans dossard ou en s'échangeant les dossard. Je fini le tour en continuant de surveiller ce duo. Sur la ligne de chrono je cherche Mariona pour lui signaler le problème (en anglais on arrive bien à se comprendre) mais pas de Mariona. Tant pis j'essaie d'en parler à José (le responsable de l'épreuve). Malgré la barrière de la langue, en baragouinant en italien, en français et avec les 4 mots d'espagnol que je connais, j'arrive à me faire comprendre aussi bien pour le problème de notre solo mais pour les équipes qui roulent maintenant à 14 ou plus au lieu de 10 maxi. José me dit qu'ils vont regarder mais sans juge ce n'est pas évident pour eux.
Tout le monde a dû me voir tellement j'étais énervé. Les français des équipes présentent me remercieront en me doublant. ils n'avait pas osé le dire à l'organisation. Les espagnols eux me maudiront sans doute mais qu'importe, je ne suis pas pour favoriser un concurrent, une équipe plutôt qu'une autre mais uniquement que tout le monde respecte les mêmes règles, l'étique sportive.
Cet intermède passé, je repars. Bruno et Hilde sont déjà passé. j'essaie de recoller mais je n'y arrive pas. j'ai trop forcé et dépensé d'énergie dans pour rattraper l'Espagnole et parler avec José. Du coup au tour suivant je me pose 1 tour pour récupérer et attendre que les solos repassent.
Je repars et le groupe de solos se reforme Jissé, Sofy, Hilde, Bruno et moi. Cela me permet de plaisanter avec Bruno et Hilde en attendant l'arrivée. Je découvre Hilde sous un autre profil. D'habitude si sérieuse, je la vois rire spontanément, nous dire qu'elle est morte tout en rigolant, faire des longues pauses. Bruno disant même qu'il va la rattraper et pour une fois la battre. En continuant de rigoler, j'indique à Bruno qu'il n'a plus le droit de rouler, qu'il faut qu'il aille dormir pendant une dizaine de tours ou plus pour me permettre de le rattraper. Et oui je me répète mais Calafat c'est notre jardin, c'est aux Frenchies d'être sur la plus haute marche du podium lol
On me traite de bavard dans les pelotons mais j'adore cette convivialité entre nous, ces moments de déconnade qui nous fait sous sentir plus légers et oublier un peu nos souffrances.
Le temps passe les kilomètres défilent toujours (trop lentement). Je me livre à des tonnes de calculs sans arriver à savoir si je vais pouvoir dépasser ces fameux 350km.
Finalement à 30 minutes de l'arrivée, au moment de franchir les 350km je viens à la hauteur de Jissé tout fier de lui montrer mon GPS pour partager ça avec lui.
30 minutes plus tard on se pose à quelques mètres de l'arrivée. C'est les congratulations avec Jissé, Hilde, Bruno, Sofy (qui me fera pleurer). Je remercie Youb pour son aide au niveau du staff, les français des autres équipes qui sont là pour leurs encouragements, leurs soutiens, etc.. puis on part franchir une dernière fois la ligne d'arrivée tous les solos ensemble en nous donnant la main.
La ligne passée je remercie aussi la famille de Jissé, mon fils pour son staff puis on file dans le box se déchausser en attendant les podiums.
Les solos femmes sont appelées pour leurs podium (Sofy 3ème, l'espagnole 2ème et Hilde 1ère) puis c'est autour des solos hommes (Jean-Luc 3ème, moi 2éme et Bruno 1er). grande congratulation avec Jean-Luc et Bruno
L'organisation nous fait une petite surprise en nous demandant de faire une photo groupée des solos femmes et hommes. Je ne sais pas trop de quel coté des premiers me placer. Je n'ai pas très envie d'être à coté de la 2ème solo femme et elle je crois qu'elle a encore moins envie d'être à coté de moi (elle a écopée de 5 tours de pénalité suite à mon signalement). Finalement Sofy vient se mettre spontanément à coté de moi (même si nous n'avons pas terminé à la même place). C'est tout un symbole après notre course et les sentiments partagés qu'aucun mot ne pourraient décrire. Faisant face au public je serre Sofy avec mon bras, ça veut tout dire (mon admiration, mes félicitations, mes remerciements, ...)
J'ai une grosse pensée pour Jissé et un petit pincement au cœur qu'il ne soit pas sur le podium avec moi comme en 2015 puisqu'il fini 4ème à seulement 2 tours de Jean-Luc.
A nous 3 (Sofy Jissé et moi) je crois qu'on forme un super trio pour Calafat.
Je suis dans un état second depuis l'entrée dans la dernière ligne droite d'arrivée. Je suis à la fois content et à la fois je me dis que j'aurais pu essayer d'aller chercher Bruno et finir premier si je ne m'étais pas couché.
Au final, après mes 101 tours du Mans 3 semaines plus tôt, j'ai bouclé 111 tours soit 360km avec 11 tours de retard sur Bruno, 9 tours d'avance sur Jean-Luc et 11 tours sur Jissé qui franchi la barre des 100 tours.
Hilde 1ère femme avec 129 tours, l'espagnole 2ème avec 101 tours (sans décompter sa pénalité de 5 tours) et Sofy 85 tours.
Un très grand Bravo et toutes mes félicitations les copains.
Un grand merci à Mon fils Fabien pour son staff malgré des manquements à cause de son smartphone, à Youb et Solen pour l'assistance au staff, leur présence, leurs soutien, la transmission des messages des copains, merci à tous ceux présent sur le circuit pour leurs encouragements (Véro, Didier, Arnaud, les kroko, les alésiennes, Les Trolls de Toulouse, Pibrac, ...) et merci encore à tous les copains resté en France pour vous messages et vous encouragements.
Et enfin un énorme merci à Sofy, Jissé, Jean-Luc pour avoir partagé cette aventure ensemble, pour les relais, pour avoir été là tout simplement et pour votre amitié si particulière qui fait qu'à Calafat, pour moi la course de l'un est indissociable de celle des autres, la performance de l'un influe sur celle des autres, qu'on est autant content de sa perf que celle des autres, c'est pour cela que chaque année on est tout simplement toujours unis dans cette aventure.
Et pour terminer (on garde toujours le meilleur pour la fin) Merci encore ma chérie pour m'avoir soutenu dans mes entraînements, pour avoir toujours été là pour moi cette année, pour avoir supporté mes humeurs surtout pendant ma convalescence.
Pour conclure, je dirais : Monsieur Incognito CkanKonRoule, CKanKonYRetourne et Monsieur Roland CKanKeJaiMaGlace ????