6h de Saint-Etienne 2011
6h Roller de Saint-Etienne 2011
Cette épreuve des 6h de Saint-Etienne comptant pour le chalenge Rhône-Alpes est une course d'endurance de 6h se courant soit en équipe de 3 relayeurs, soit en solitaire. Adepte de l'effort solitaire depuis 2008, je me suis inscrit dans la cathégorie solo.
Cette course marque mon retour à la compétition, 10 mois après ma dernière course. Ayant repris l'entraînement moins d'un mois et demi avant cette épreuve (suite à une allergie à tout effort physique d’une durée de 8 mois), je me présente donc avec seulement 600km de roller (dont 1 seule grosse sortie de 100km) et quand même 1000km de vélo dans les jambes (essentiellement des trajets « maison-boulo » de 50km).
Je considère donc cette course plus comme un entrainement, en vue des 24h du Mans roller avec pour objectif d'arriver à enchainer 6h de roulage sans pause en ne m’occupant pas du classement mais sans être ridicule plutôt que comme une course ou le classement et la performance prime.
Samedi 21 mai 5h45, le réveille sonne. L’adrénaline monte. Je suis impatient de me retrouver parmi mes amis « rollerman » avec lesquels je n’ai plus roulé depuis trop longtemps. Un rapide petit déjeuner en compagnie de Jean-Paul (Jp2Copter) (venu passer la nuit à la maison afin de gagner 1h de route et de sommeil) et c’est le départ. Une petite escale sur le chemin à proximité de Valence où retrouvons nos amis du club de Chabeuil avant de continuer le trajet dans leur bus. C’est la joie de retrouver nos amis Chabeuillois Lilian (le coach), Patrice, Chantale, Bruno (le président), tout le club au grand complet ainsi que Patrice de Marseille et 2 des ses amis (inscrits en équipe). Tout ce petit monde est très content, les blagues et taquineries fusent dans tous les sens tout le reste du trajet. C’est dans ces moments là que l’on comprend que le monde du roller fonctionne comme une grande famille.
9h30 nous arrivons sur le circuit de St-Etienne. C’est le branlebas de combat pour les enfants du club de Chabeuil et Lillian leur coach. Ils doivent participer à une course de relais d’une heure dont le départ sera donné à 10h.
Pendant leur course où ils décrocheront une très belle 3ème place, je profite pour saluer tous les personnes que je connais (des Kroko de Nîmes, des Montpelliérains, des Grenoblois, des Lyonnais, Anne-Clémence de St-Etienne, le club du Puy en Velay avec Kat et Loïc, Claude de Sallanches (Eco Solo)) puis je file m’isoler pour me préparer, grignoter un peu et me concentrer. Je commence déjà à être tendu. Une mauvaise perf en terme de distance ou de sensation me pousserai à annuler ma participation aux 24h du Mans solo.
11h15 je pars m’échauffer et reconnaitre le circuit. Malgré quelques rainures et plaques d’égout sur la chaussé, le revêtement est bon. Le circuit de 1,7km ne semble pas très difficile techniquement malgré un virage assez sec et serré en descente. Malgré des portions de récupération, il est assez exigeant avec une bonne petite côte de 50 mètres suivi d’un rond point où il faut bien relancer avant d’attaquer une longue ligne droite en faux-plat montant.
11h50, tout le monde se présente sur la ligne pour la présentation de l’épreuve par le speaker, le rappel des consignes de sécurité. Puis les premiers relayeurs de chaque équipe et les solos se placent sur la ligne de départ. Inscrit en solo, je me place en 2ème rideau, préférant laisser les premières places aux relayeurs des « équipes rapides ».
12h c’est le départ.
Comme à mon habitude, je prends un départ assez rapide ce qui me permet d’être proche des équipes et de contrôler ce qui se passe dans la catégorie solo. Rapidement un petit groupe de 5-6 solos se constitue à quelques longueurs derrière les premiers relayeurs des équipes. Il est composé de Nico des Kroco, Claude de Sallanches (Eco solo), Lillian de Chabeuil, Jonathan de Montpellier, un autre concurrent répondant inscrit sous le pseudo "Valchera" (il me semble) et moi.
Les 2 premiers tours sont bouclés entre 30 et 32km/h de moyenne (3mn 12s et 3mn 20). Nico des kroko (étrangement sage jusqu’ici) accélère (comme à son habitude) pour prendre quelques mètres d’avance. Nous sommes déjà plus que 3 à le suivre. Avec Claude, nous nous concertons et décidons de laisser partir Nico pour éventuellement le rattraper plus tard suivant la tournure de la course.
Après 30 minutes de course, sentant le rythme un peu trop élevé (3mn30s-35s / tr), je décide de réduire un peu la cadence afin de ne pas me griller trop vite. Cela permet à Claude accompagné de Valchera de prendre régulièrement quelques mètres d’avance. Quelques minutes plus tard, je me fais doubler et distancer par un concurrent stéphanois au patinage atypique mais au combien efficace. Il s'agit de Sébastien Guichard le futur vainqueur de l’épreuve en solo. J’apprendrais plus tard qu’il s’agit d’un ancien triathlète ayant commencé le roller 2 mois plus tôt. Vraiment super comme perf.
Peu avant l’heure de course : un petit moment de déconcentration me rappelle rapidement à l’ordre. Ayant mal jugé la trajectoire et la vitesse d’un autre concurrent, dans le virage séré au bas de la descente, je manque de l’accrocher et de nous faire tomber tous les deux. La catastrophe a été évitée de peu. Je lui fais mes plus plates excuses, avant de repartir.
Cet évènement a le mérite de me secouer les puces. Quelques tours plus tard, je rattrape Valchera. Je m’accorde un peu de répis en discutant quelques instants avec lui. Il m’indique que Claude doit avoir environ un demi-tour d’avance. Nous roulons 2 tours ensemble avant d’avoir le plaisir de voir Jon (Jonathan de Montpellier) nous rejoindre. Nous unissons nos efforts en nous relayant régulièrement. Pas besoin de beaucoup de communication entre Jon et moi. Nous nous connaissons suffisamment pour se comprendre rapidement et savoir à quel moment on peut accélérer ou ralentir afin de rester ensemble. Nous roulons ainsi pendant plus d’une heure. Jon m’a juste laissé faire 1 tour tout seul, le temps de s’arrêter afin de régler un problème mal aux de pieds. Au passage suivant je le voie m’attendre au niveau de la zone de relais afin de repartir ensemble. Que du bonheur de pouvoir rouler avec un ami, cela ne m’était plus arrivé depuis trop longtemps. Malheureusement Jon s’arrêtera une nouvelle fois aux stands peu après 2h de course. Je ne le retrouverai que bien plus tard.
2h15 de course : Claude (Eco solo) nous prend un tour. Sébastien (le stéphanois) en 1ère position m’a déjà pris un tour depuis un bon moment. Nico en 2ème position est déjà passé mais il a moins qu’un-demi tour d’avance sur Claude. J’accélère afin de rester avec Claude et l’aide dans sa poursuite derrière Nico.
Bien que désintéressé du classement, je suis plus que content d’être à la 4ème place avec presque 1 tour d’avance sur le 5ème et très surpris de me sentir aussi bien physiquement. Claude au contraire commence à donner des signes de lassitude. Je prends donc la plus grande partie des relais à ma charge afin de lui permettre de récupérer. Peu à peu en prenant un tour aux autres solos, ces derniers viennent se mettre dans notre sillage. Outre Claude (3ème avec 1 tour d’avance sur moi) et moi (4ème), Thierry de St-Etienne (4ème avec 1 tour de retard) et 2 autres concurrents (un peu plus loin au classement) formons ce groupe.
Au grès des dépassements ou des passages au niveau de la zone de relais, les concurrents solos ou en équipe s’encouragent, discutent un peu, rigole ou se taquinent. C’est un plaisir de croiser et d’échanger des mots avec Kat, Loïc, Trottinette, Jp2copter, Lillian, les 2 Patrice, les Chabeuillois, les Montpellierains. En doublant Kat et Trottinette, je me surprends même à dire en rigolant : « Qu’est ce qu’il faut être timbrés et con pour faire une course comme ça ».
Me sentant toujours bien et obnubilé par la poursuite derrière Nico, je n’ai pas la lucidité de laisser quelques relais aux autres concurrents de notre groupe afin de m’économiser un peu.
3h de course : J’aperçois Jean-Paul sur le bord du circuit déjà en civil. Son abandon me rappelle qu’une course de 6h est longue et qui faut penser à garder dés réserves. Presque au même moment, nous prenons un coup au moral et nos efforts se trouvent réduits à néant quand Nico nous rattrape et nous prends tour. Subissant une petite baisse de forme, j’ai la lucidité de laisser partir Thierry (5ème) dans le sillage de Nico afin de ne pas exploser rapidement. Le coup est tout de même rude. Je n’arrive plus à ni à m’alimenter, ni à boire. Nos temps au tour chutent de 3mn50 à 4mn10-4mn20s. Je suis au plus mal et Claude n’est pas mieux. Il faudra moins d’une heure à Thierry pour récupérer son tour de retard sur moi et me dépasser. Je me mets à penser au classement. Même si je suis déçu de perdre ma 4ème place et regrette mon manque de lucidité cela n’est rien par rapport au plaisir que j’ai de rouler avec Claude. Malheureusement peu avant la 4ème heure de course, en proie à des crampes d’estomac, Claude s’arrête au stand un bon moment, me laissant continuer tout seul. Déçu de voir qu’il va perdre sa 3ème place et même la 4ème place à mon profit, je me mets à penser un instant au classement de la course. Cette place me donne encore plus d’énergie et de volonté pour avancer.
4h de course : Je retrouve Jon, attendant mon passage devant la zone de relais pour repartir avec moi. Ses quelques arrêts lui ont été bénéfiques, il a beaucoup d’énergie à revendre. Sa course étant mal engagée, il décide de terminer la course à mes cotés et me demande de rester dans son aspiration afin de m’économiser. Cela m’embête pour sa course, mais il est vrai que nous avons déjà vécu cette situation sur d’autres courses dans l’autre sens. Sa seule présence me soulage beaucoup. Cela me motive à toujours aller de l’avant. Ainsi nous allons partager de supers moments jusqu’à l’arrivé. Il est vrai que dans cette grande famille, avant d’être concurrents, nous sommes amis. Toutes les idées passent dans ma tête (les bonnes comme les moins bonnes). Plusieurs fois je pense à faire une pause, même une toute petite, mais la présence de Jon et ses encouragements me poussent à ne pas lâcher. La course étant encore longue, mon physique bien entamé, je gère mon effort en faisant attention de ne pas m’approcher de la limite. Préférant garder un peu de marge, je ralenti dans la petite côte laissant quelques mètres d’avance à Jon pour le rejoindre dans le faux plat qui suit.
Même si c’est très dur, même si j’ai l’impression d’être vraiment mal depuis la 3ème heure de course, je suis vraiment heureux. Jamais je n’aurais pensé être en aussi bonne position.
5h25 de course : J’entends un sifflet venant du bord du circuit. Je voie Thierry de St-Etienne (alors 3ème) arrêté, pieds nus, me faisant des signes. Je m’inquiète de ce qui lui est arrivé sans arriver à comprendre. J’apprendrais plus tard qu’il avait des crampes aux pieds. Bruno, le président du club de Chabeuil, qui m’encourage depuis le début me fait un grand sourire. Je commence seulement à comprendre que je viens de passer 3ème mais je n’arrive pas à savoir ce qu’est devenu Thierry, ni l’identité du 4ème et l’avance dont je dispose.
Rejoint par Claude, nous continuerons ainsi jusqu’à l’arrivé préférant rester ensemble pour profiter de l’émotion de la fin de course.
Ce n’est qu’à l’approche du dernier tour que je réalise la proximité du podium. Même s’il n’a pas spécialement eu besoin de ralentir pour que je puisse rester avec lui, de cette 3ème place qui me tend les bras, je lui en dois une bonne partie. Je ne cesse de remercier Jon pour son aide, sa collaboration, ses encouragements ainsi que d’avoir partagé ces moments avec moi. Bizarrement, malgré l’euphorie de ma place, je ne sens pas trop d’émotion à l’approche de l’arrivée.
18h03 : Jon, Claude et moi franchissons ensemble la ligne d’arrivée. Je ne pouvais rêver plus belle arrivée et plus belle image que d’être avec ces 2 amis pour clore cette course.
Je reçois les félicitations de Jon et de Claude. En croisant le regard de Claude, toute l’émotion ressort, je ne peux contrôler le flot de larmes s’échappant de mes yeux et je tombe dans les bras de Claude et de Jonathan. Ces larmes sont plus déclenchées par une joie immense d’entrevoir le bout du tunnel après 10 mois de passage à vide mental plus que par le fait de faire un podium pour la première fois de ma vie. Certes je suis content de faire un podium mais c’est surtout le fait de pouvoir l’offrir à mon club qui me fait plaisir.
Tous les concurrents se congratulent d’avoir terminé cette course, se remercient pour leurs encouragements mutuels, remercient leurs accompagnateurs.
Epuisé, je parviens à de boucler mon sac juste attends pour la remise des prix. Pour la première fois de ma vie je m’apprête monte sur un podium. Je propose à Jon de m’accompagner pour partager ce moment avec moi mais il refuse.
Le bilan personnel de cette journée est plus que positif à tous les niveaux. Le résultat aussi positif soit il (3ème avec 88 tours parcourus soit 150km à 25km/h de moyenne) est accessoire au vue de tout ce que j’ai pu vivre pendant cette journée. Rien ni aucun mot ne peut exprimer cela.
Le bilan de mes amis, il ne faut pas les oublier (j’étais venu avant tout pour être avec eux) :
Lilian le coach de Chabeuil termine 6ème avec 85 tours (145km),
Patrice de Chabeuil termine 8ème avec 83 tours (145km),
Claude termine 10ème avec 82 tours (139km),
Jonathan termine 21ème avec 70 tours (119km),
Jean-Paul termine 32ème avec 32 tours (55km) parcourus en 2h40.
La remise des prix passé je dis au revoir à tous nos amis avant de monter dans le bus de Chabeuil direction la maison. Même fatigués, les plaisanteries fusent de toute part sur le trajet du retour.
Article du vaucluse matin (25/05/2011)










